Le marginal

7h30 – Paris – Gare de Lyon

Le quai est presque vide, bien loin des jours d’affluence. Un homme monte dans le train et s’affale dans le club 4 du début de rame.
Un homme de fin de trentaine, caucasien d’un mètre quatre-vingt. Une barbe broussailleuse châtain encadre son visage buriné par quelques intempéries. Ses cheveux, longs et hirsutes, tombent inégalement sur sa veste paramilitaire vert kaki.
L’air un peu hébété que l’on peut lire sur son visage force le regard en coin des rares voyageurs vers lui.
Un homme simple, marqué par la vie, que l’on rangerait dans notre société dans la case des « marginaux ».

9h30 – Lyon – St Exupéry

Le train arrive gare pour marquer son premier arrêt. Sur le quai, un déploiement massif des forces de l’ordre attendent l’immobilisation du train.
A l’ouverture automatique des portes, comme monté sur des ressorts, les hommes, arme au point et habillé de gilets pares balles, s’élancent dans la voiture n°6.
Le « marginal » est encerclé, on lit la surprise sur son visage, surprise renforçant l’air hagard qu’il portait jusque-là.
Il fut prié de descendre, lui et ses bagages fouillés.

Un café à la main, fumants devant la scène, nous échangeons tranquillement avec la contrôleuse du train.
Entre deux bouffées, elle m’explique levant les yeux au ciel, que ce déploiement faisait suite à un appel d’un voyageur « dont la tête de l’homme ne lui revenait pas ».

N’ayant rien d’un terroriste, l’homme retourne dans son wagon.

Je remonte dans le train.
Le train est vide.
Un voyageur marmonne dans son coin.

Bientôt une semaine après les attentats.
Les gens ont peur.
Certains en profitent pour dicter leurs pensées.

Je m’interroge.
Debout dans un wagon vide.
Longuement.
A qui faire la « guerre » ?

Je prends une photo.

Alexis

LeMarginal

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