Rêves d’acier

Le sol est recouvert d’une texture molle laissant à chacun de mes pas crissant la profonde empreinte de mes grosses chaussures. Des petits rais de lumière se reflètent sur les éclats d’argent disséminés sur le sable noir, et l’horizon se perd dans l’obscurité.
Évoluant tranquillement dans la pénombre j’écoute au loin les contraintes du vent sur la carlingue, je suis un astronaute et je marche sur une planète lointaine…

Enfin, c’est ce que la texture du sol soumet à mon imaginaire.

Quand j’étais petit avec les garçons de mon âge on voulait devenir pompier, policier, pilote de chasse ou tout simplement… astronaute.
En fonction des jours on changeait d’idée, et plus grand, nous nous sommes inspirés des héros de cinémas.
Finalement je ne compte pas de pilote de chasse ou d’astronaute dans mes camarades d’enfance, nous avons tous finis ouvriers ou ingénieurs.

Je me demande quels étaient les rêves des ouvriers qui travaillaient de père en fils dans cette aciérie.
Sous la chaleur étouffante des coulées de feu envoyant ses volutes de fumées et de poussières, sous leurs masques et leurs combinaisons d’argent, les muscles perlant de la transpiration noire de l’acier quand il fallait manipuler ces engins hors des normes.

Mais, ils nous l’ont expliqué leur dernier rêve, et ils n’en avaient plus qu’un.
Celui-ci n’était pas celui de devenir astronaute ou pilote de chasse, mais de simplement continuer à vivre leurs vies d’ouvrier.

Puis l’aciérie a fermé.

Que sont devenus les hommes ? Rêvent-ils encore de leurs vies d’acier ? De la camaraderie des hommes domptant le métal en fusion ?

Il y a quelques temps je découvrais la volonté des hommes d’une région et leurs réalités face à la finance et aux politiques, des paroles légères et une volonté d’acier

Quelques années plus tard la poussière contenue dans cet immeuble de fer est retombée, me voici marchant sur son épaisseur de 10 centimètres à m’imaginer astronaute.
On parcourt le monde en cherchant à s’élever mais les bassesses humaines nous ramènent à notre condition.
L’évasion dans les limbes des rêves où l’on s’allonge dans l’étreinte des nuages ne peut être le refuge permanent de l’esprit, le réveil qui aura toujours lieu ne sera que plus difficile.

Les promesses alimentent les rêves.
Les rêves forgent un espoir, inconscient et fantasmagorique.
L’illusion deviendra consciente quand elle s’écrasera sur le réveil de la réalité.

Alexis.
 

   Série d’images « les godets d’Héphaïstos »:

Comments

Leave a comment

Your email address will not be published. Required fields are marked *

D'autres articles ...
  Fil d'images - Images quotidiennes