A la retraite

Au premier coup d’œil, l’explorateur aguerri se dit qu’il en aura pour peu de temps, qu’il va faire trois images et repartir pour un « spot » qui lui donnera « plus de matières ».
Mais il existe des endroits où les mots tombent d’un coup, qui vont faire jaillir une idée troublant la sérénité du visiteur des lieux.
L’endroit finira par ressembler à aucun autre et restera gravé à jamais dans celui qui l’aura parcouru.

C’était exactement mon état d’esprit à l’approche de cette maisonnette, un endroit sciemment choisis pour « chauffer » le périple imaginé la veille.
Plutôt quelconque dans son village, peu vaste et la porte ouverte aux quatre vents, j’ai dans l’esprit d’y trouver quelques rais de lumières « histoire de ».

Dans cet incroyable fatras d’objets en vrac des éléments sautent à l’œil.

A l’entrée, le souvenir d’un voyage par le chapeau touristique de Venise.
Le pas suivant me fera découvrir le salon, des valises sont entassées.
Le regard balaye la bibliothèque mettant en évidence quelques titres.
« La dépression », « Changer la mort », « Guide du jardinage » accompagnés de livres de voyage.

Un fauteuil, un livre posé sur un tas de papier.

L’idée jusqu’alors invisible dont la perception ne faisait que croître prend soudainement forme sur le « Guide de la retraite ».
La pensée est organisée, en place, lancinante, imperturbable, alimentée de toute part depuis chaque nouvel objet découvert par le regard.
Elle me parle de la vie, elle me parle de la mort.
Dans cette intimité, je ressens un vide et respire les préoccupations …

La peur ?

Cette personne qui arrivée à l’âge de la « retraite » se retourne sur une vie passée, fait le bilan en attendant …

La mort ?

S’occuper et passer le temps, tenter de rattraper le passé.
Se rassurer d’avoir eu une jolie vie, d’avoir fait le mieux qu’elle pouvait en oubliant …

Les regrets et les douleurs ?

La vie n’épargne personne, la vie c’est le temps, l’Homme le sait compté depuis sa naissance mais tente de l’ignorer jusque quand il se sent rattrapé.

Me voici donc devant cette pagaille d’objets qui quelque part me réconforte dans ma philosophie de vie.
Cette philosophie que j’ai un peu oublié ces derniers temps par manque de rigueur.
Détourné par quelques problèmes qui ne sont pas miens avec le sentiment d’avoir été utilisé et orienté en plein cœur de mes propres maux.

J’ai été rappelé à l’ordre par quelques lectures, Epicurisme et Stoïcisme, les philosophies d’une autre époque qui portait les mêmes misères que la nôtre.
« Carpe Diem » disent certains pour se rassurer de vivre dans une certaine complaisance, ceux là même qui se disent Epicuriens.
Pourtant ces mots latin veulent exactement dire l’inverse de pourquoi ils sont utilisés aujourd’hui, c’est la rigueur extrême de l’esprit et non son oisiveté.

L’homme libre est celui qui se suffit, qui arrive à s’extraire de ses maux et de ceux de la société qui l’entoure.
Je passe mon temps à essayer de modeler mon « ame », lui faire accepter mes défauts d’Homme, de l’élever à vivre chaque jour.

Accepter… et vivre les choses qui doivent l’être, comme elles se présentent, se soustraire au rouleau compresseur de l’envie, de la jalousie et de l’apparence.
La vie de l’autre est telle? Et bien la mienne est autre et je m’en conviens.
Le hasard de la vie amenant parfois joies ou épreuves que je puisse profiter de chaque instant dans ma « Fortune ».

Pourquoi toujours attendre de « meilleures conditions » qui seront de toute manière définies par le hasard ?
Remettre à aujourd’hui ce qui est prévu de faire demain, pour que finalement aujourd’hui puisse être mon dernier jour : simplement accomplis.

Ne serait-ce pas là un idéal, d’accepter que demain ne soit plus et que chaque jour se suffise à lui-même ?
Ne serais ce pas le bonheur d’être heureux et accomplis de chaque jour juste avec son essentiel: sa vie ?

Un jour mon corps me lâchera mais j’aurais mon esprit, peut-être que la seule peur qu’il vaille est de le perdre lui, le guide.
La « retraite » n’est pas en terminaison de la vie mais en chaque nouveau jour, quel que soit le temps qu’il fait dehors.

C’est en tout cas ce que je me souhaite de réussir ou d’y avancer puisque comme disent nos philosophes je reste humain.

Dans chaque endroit je vois des choses, d’autres y verront et prendront des conclusions bien différentes.
Il se dit que « l’on ne veut bien voir ce que l’on a envie de voir », et c’est ce que j’ai vu dans cette maisonnette, seul au milieux de tous ces objets d’une vie passée.

Alexis.
 

   Série d’images « A la retraite »:

1 Comment

  1. Catherine 1 avril 2015 at 15 h 44 min

    je suis toujours aussi troublée, touchée par ces « visites » au sein d’une maison abandonnée, la vie y est suspendue, imaginée. J’aime celle-ci
    Puissions nous effectivement profiter du jour présent, c’est si difficile !

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