Sous les romains

Cette image est mal cadrée, pleines de défauts, elle est Moi à l’instant où je l’ai prise.
Je n’ai pas pris la peine de me reculer, ni de me décaler de quelques centimètres sur la gauche.
Je me suis juste dis « ça ira comme ça« .

On pourrait donc la juger mauvaise, mais moi, je l’aime cette image !
Je l’ai prise en partant de l’endroit et mon esprit était déjà ailleurs.
La fougue, c’est l’Excuse pour que cette cette image soit mal prise.
En la regardant et en remarquant ses défauts je me vois, cette image me ressemble.
En la contemplant je revis des époques du passés et surtout ce moment, cet instant précis qui a duré quelques heures dans le calme et la plénitude.

Nous sommes entrés dans les entrailles de la terre où il n’y a Rien.
Le néant, aucun bruit, pourtant le silence synonyme du Rien est bien présent, il s’est créé par notre simple présence.
Dans ce Rien nous sommes donc tout.
Ecouter le cœur et le mouvement des poumons, sentir que l’on est là, bien présent au milieu de nulle part.
Il n’y a pas de passé, pas de futur, juste l’instant.

Dans le vide, au milieu de l’écoute de ma respiration, mon attention se tourne vers un moment vécu le matin même.

Sur ma table basse, une pile de livre, 2000 ans d’écris.
Sénèque, Marc Aurèle, Descartes, Girard, O Hare, Sevran-Schreiber …
Médecins, Philosophes, Psychiatres, Chercheurs, Hommes publique et voyageurs.
Ils citent Socrate, Aristote, Stendhal, Cervantès et j’en passe.
Un amas d’idées et de philosophies de vies entassées dans une simple pile de quinze centimètres.
A côté, un amoncellement de notes prises à la volée ou d’idées sorties tout droit du raffut de mes méninges s’entrechoquant.

Un sourcil relevé et le sourire au coin de mes lèvres je regardais cet ensemble de haut, puisque debout.

Désir, plaisir, stress, amour, déchéances des sociétés, consommation, recherche du bien, la recherche du Moi…
Mêmes thèmes, époques différentes, un point commun: la vertu de l’âme et la recherche de sa tranquillité.
Pour certains, cela passera par la philosophie de la vie, pour d’autres, prier, pour nos contemporains, méditer.
Depuis des millénaires, les « sages », qui n’ont pas réussis à atteindre la sagesse qu’ils auraient souhaités, nous rabâchent les mêmes choses.

Toutes ces idées dans le shaker matinal de l’esprit finiront par me rappeler :
«il faut prier afin d’obtenir un esprit sain dans un corps sain ».
(« Orandum est, ut sit mens sana in corpore sano » – Juvénal).

En effet…
Je cultive ma propre religion, ma propre vertu et j’en suis le seul disciple.
Une méditation tournée vers moi, vers l’instant présent.
Mon bonheur est partout, il me suffit de le prendre.
Cela je l’ai Ressentis quelques jours plutôt dans ce moment que j’appelle « l’envolée de plumes ».

Ressentir et non Comprendre.
Manipuler le verbe n’aidera pas plus la perception.
Ma vie est mienne, unique, arrêtons d’envier celle des autres ou quelques rêves.

Petit exercice de pleine conscience et de méditation…
Je prends acte du souvenir, j’accuse réception du sentiment qu’il me procure et détourne tranquillement mon attention sur le silence que j’étais alors en train d’ausculter.
A voix basse j’essaye d’interroger la concentration de ma partenaire.
Apparemment, le silence, la température invariable de la caverne et son noir profond, la détend.
Elle se concentre sur elle-même.
Nous lâchons prise.

Lâcher prise! J’en avais de bonnes bases pourtant, mais je me suis laissé déconcentré.
La douceur de l’âme est bien plus soyeuse que la douceur d’un regard ou d’une peau.
Cela même si nos souvenirs tentent de nous dire le contraire.

On m’a tourné vers mes maux, dit que j’avais à les traiter, trouver leurs causes.
Pourquoi m’y prendrais-je ainsi ?
Dans le fond, connaitre la source de mes maux n’importe peu, creuser pour la trouver est dépenser beaucoup d’énergie.
Et que ferais-je une fois la source trouvée ? L’intellectualiser? Ressasser le passé ? Et re-dépenser beaucoup d’énergie?
Je pense simplement, puisque j’ai identifiés mes maux depuis bien longtemps, que j’ai juste à les intégrer dans mon Moi au quotidien, de dépenser mon énergie sur le moment présent et ma concentration.
Identifier mes sentiments, m’ouvrir à eux et laisser filer.
Un peu de sagesse, de rigueur et sonder un bien-être permanent.
Mes maux se traiteront beaucoup plus sereinement ainsi, en accord avec moi et dans chaque instant du quotidien.
M’écarter de ce qui pourrait les raviver inutilement, et si cela est nécessaire, le présent m’aidera.

Est-ce que cet état d’esprit était partageable? Peut-être, je pense que c’est possible.
Mais que fît! Les choses sont telles qu’elles sont à cet instant présent.
Accédons y et prenons acte.
Ma muse si éloignée restera inatteignable, cette muse inspiratrice n’est que le propre reflet de mes entrailles.

Nos pas brisent le silence, dans le noir en scrutant les reliefs de la pierre découpée pour quelconques constructions, de nouvelles idées apparaissent.

Il y a deux milles ans juste au-dessus de nos têtes, c’était les invasions barbares et la chute de l’empire romain.
Les orgies romaines et sa surconsommation a perdu cet empire. Comme le nôtre bientôt ?
Finalement notre société dispose des mêmes maux que la fin de l’empire romain.
Reprendre les écris de Sénèque à son époque est sonnant de vérités sur notre monde actuel.
Mais ce sera l’objet d’autre réflexions, plus posées, plus tard et non maintenant.
Laissons filer.

Sur le feu des bougies dans la chaleur de la lumière tamisée, le calme nous enveloppe, nous, simples marcheurs des souterrains avides de découvertes.

J’ai parcouru tant d’endroit et cherché à m’isoler du monde, laisser aller mes réflexions et mes idées au long des routes.
Prendre le voyage comme une fuite salutaire vers la découverte de nouveaux lieux, souvent isolés, face à moi-même.
Rentrer et prendre la plume, parler de soi, des ressentis, écrire ou parler des pamphlets enflammés sur notre société.
Mais dans tout cela j’ai omis une partie des choses que je voyais, j’ai oublié qu’il y avait un observateur.
J’étais bien présent dans tous ces décors décris, ils ont beau m’avoir apportés quelques réflexions ou ressentis que j’ai traduit de différentes manières, mais je n’ai pas « capté » que je faisais partis intégrante du moment.
Que moi et l’endroit étions un ensemble, que ma présence faisait partie du tout que je voyais.
J’étais si proche de m’en rendre compte, la vie m’a fait reculer pour mieux le voir.

Ma retraite est dans chaque jours de la vie, dans chaque ombre ou rai de lumière que je capture.

Ce fut donc toutes ces découvertes depuis une année, une démarche entamée puis stoppée et tous ces maux travaillés resurgis d’un coup dans un tumulte autodestructeur qui m’ouvrent aujourd’hui un nouvel angle.
Je reprends la route des chemins sinueux, je reprends ma pleine conscience où je l’ai laissée.
J’ai remis des chaussures de rando, repris mon appareil photo et… j’ai surtout changé de carnet de notes et de stylo.

Mon nouveau carnet, sa première page, cet extrait que j’ai noté.
De Sérénus à Sénèque :
« Mon état quoique non désespéré, n’en est pas moins déplorable et cruel: Je ne suis ni malade, ni guéri […]
Ce n’est point la tempête, c’est le mal de mer qui me tourmente […] Secours un homme qui, en vue de la terre, s’épuise pour y aborder. »

Moi seul peux me sauver.
Analyser le passé, calculer le futur…
Le présent se cherche, il est bien là, en nous, il apportera la paix de l’âme et son bonheur.

Mars.
C’est mon troisième printemps où j’ai cette impression de renaître dans la dureté de mes émotions.
Les tumultes de la vie, se plonger dans ses pensées, se chercher devant l’échec.

Au début du printemps dernier j’observais la lumière, en ce début de printemps j’ai amené la lumière.
Le démarrage du printemps est peut-être simplement mon moment d’inventaire.

Sous ces ruines laissées par les romains qui m’ont vu grandir, dans ces galeries enfouies sous la terre que j’ai arpenté toute ma vie, je ressens enfin pourquoi je suis né.
Je ne suis pour l’instant qu’un enfant, il me faut progresser sur cette nouvelle voie qui ressemble pour l’instant qu’à une piste.
Pour une fois je ne la comprends pas mais je la ressens, je la vie, à chacun de mes pas.

Et c’est peut être bien là l’essentiel …

Alexis.
 

   Série d’images « les godets d’Héphaïstos »:

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